Centre d’Art Contemporain Frank Popper

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71110 Marcigny – Saône-et-Loire – France

Le centre

LE PRIEURÉ DES MOINES

En 1056, Saint Hugues (Hugues de Semur, abbé de Cluny), fit construire un couvent destiné à l’origine à protéger sa mère et sa sœur puis à recevoir des filles de familles nobles. Douze Moines de Cluny sont chargés de l’administration. Une partie du prieuré, le grand cellier et les appartements du prieur, après avoir servi de relais poste, de restaurant, puis de dépôts d’épicerie en gros, abrite aujourd’hui le Centre d’Art Contemporain Frank Popper.

Un centre d'art ouvert à tous
Un Centre d’Art Contemporain ouvert à tous …

L’art contemporain pour tous

Installé comme association loi 1901 depuis 2006, le Centre d’Art Contemporain Frank Popper est un lieu de rencontre, d’expositions, d’accueil et de recherche. Disposant d’un important fond bibliographique légué par le Professeur Frank Popper, il s’est constitué en lieu-ressource pour les chercheurs. Des lieux d’accueil pour artistes en résidence ont été créé.

Les Centres d’art contemporain qui commencent à se développer en France et en Europe ont pour antécédents, voire comme modèles, les Maisons de la Culture fondées par André Malraux lorsqu’il fut, de 1959 à 1969, Ministre du Général de Gaulle. On connaît la passion que ce dernier avait pour la culture et la littérature françaises mais Malraux, qui s’intéressait depuis toujours à l’art, y avait particulièrement développé la dimension artistique.

Les Maisons de la Culture, installées pour la plupart dans des villes de taille moyenne, comme Bourges (1961), puis Nevers, Reims, Saint-Etienne et Grenoble (1967), étaient destinées, au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, à ranimer l’esprit créateur chez tous les artistes qui avaient été empêchés de créer librement pendant les années d’occupation ; peut-être étaient-elles plus encore destinées à rassembler la population nationale et locale, toujours très divisée à cette époque, bien que plus de quinze ans se soient écoulés après la Libération en 1945. Les Maisons de la Culture devinrent donc des lieux de rencontres privilégiés autour d’activités culturelles et distractives.

En dehors des expositions d’art contemporain, le théâtre y avait une place importante et l’on pouvait y voir des pièces d’avant-garde, de Samuel Beckett, d’Eugène Ionesco ou d’Arrabal. Il était même possible de s’y restaurer dans des snack-bars ou dans les premiers self-services installés en France.

Aujourd’hui, prenant le relais des Maisons de la Culture, quelques Centres d’art contemporain tentent de voir le jour en France et en Europe ; le dernier qui doit s’ouvrir à Bruxelles a été conçu par l’architecte Adrien Blomme et son édification devrait, dit-on, coûter plusieurs dizaines de millions d’euros. Le Centre de Marcigny sera évidemment moins grandiose ; en revanche, il sera plus personnalisé car ses deux concepteurs, Franz Späth et Georges Silva, ont dû travailler dur, et de leurs mains, pour remédier à la modestie de leur budget initial.

Franz Späth et Georges Silva se sont donné pour tâche première l’ouverture du Centre vers des publics plus larges qui viennent désormais de toute l’Europe, ainsi que des échanges plus étroits entre des artistes, eux-mêmes invités à séjourner sur place, et des étudiants français et étrangers conviés à venir poursuivre leur recherche devant les œuvres et dans les livres d’art de la bibliothèque déjà bien fournie. Le fait qu’il s’agisse d’une entreprise privée, de taille relativement réduite, doit forcément laisser plus de liberté et de souplesse aux organisateurs et, à l’autre bout, davantage de jeu et de participation active à tous ceux qui fréquenteront le Centre.

Un autre point important de la vocation du Centre, en dehors même du principe de communication élargie qui y préside, reste que le projet des deux concepteurs est essentiellement pédagogique, au sens large du terme. Franz Späth fut, pour commencer, artisan-ébéniste, puis médecin généraliste, avant de devenir artiste-peintre, sculpteur et enseignant en art

  • “ces quatre professions ayant en commun, dit-il, de soigner ou d’entretenir le corps et l’esprit de tout être humain”. Georges Silva est un enseignant en communication et en langues. Voici ce qu’ils annoncent eux-mêmes de leur programme : “notre vocation est de faciliter l’accès à l’art d’aujourd’hui à travers des expositions, conférences, animations scolaires, formations initiales et universitaires. Notre démarche, pédagogique et didactique, sera étayée par la création d’une bibliothèque et d’une médiathèque d’art”.
    Il faudrait ajouter qu’ils ont le ferme propos non point de « prendre en main” le spectateur mais de le “conduire par la main” devant les œuvres qui pourraient lui apparaître comme difficiles pour des raisons diverses. Pour ce faire, ils ont pensé à s’adjoindre des étudiants chercheurs suffisamment avancés pour apporter au public des points d’information à la fois sérieux et sensibles. La question de la sensibilité, psychologique et sensorielle, est très importante car il ne s’agit pas, dans l’esprit des deux fondateurs, d’enseigner ou de transmettre du Savoir à l’état pur mais plutôt d’offrir au spectateur des conditions favorables à la perception des œuvres.

« L’ ouverture du centre d’art contemporain Frank Popper permet l’accessibilité de l’art contemporain à une population a priori étrangère à ce domaine, de par la situation géographique de Marcigny. »

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Le choix du lieu

La Bourgogne est, depuis le Moyen Age, un haut lieu de la sculpture, art majeur, et les Bourguignons ont toujours su attirer les plus grands artistes. Il n’est que d’admirer le tombeau de Philippe le Hardi, œuvre des sculpteurs flamands Claus Sluyter et Claus de Werve, ou ceux de Jean sans Peur et de son épouse Marguerite de Bavière, œuvre de l’Aragonais Jean de la Huerta qui travailla pour Jean Rolin, évêque d’Autun. Et le Brionnais fut le lieu de création de chefs-d’œuvre de la sculpture romane. Le canton de Marcigny est justement fier des chapiteaux d’Anzy le Duc et du tympan de Montceaux l’Etoile, ainsi que de la belle collection de sculptures du musée de la Tour du Moulin à Marcigny.

Il n’est pas surprenant que, désireux depuis quelque temps de quitter Paris, ses foules pressées et blasées, Franz Späth, le sculpteur, ait souhaité s’intégrer à Marcigny afin d’y développer son projet, sans compter qu’il a dû lui apparaître très vite que les œuvres d’art contemporain qu’il désirait faire connaître seraient ainsi mises, de fait, en perspective avec des chefs-d’œuvre de l’art roman, ce qui devrait inviter le public à penser en termes de continuité et non de rupture. Les bâtiments du Centre, qui ont été remis en état par Franz Späth et Georges Silva, avec des entrepreneurs et des artisans locaux, sont situés sur les fondations d’une ancienne abbaye clunisienne dont il ne subsiste rien de très visible mais dont on peut imaginer que l’esprit élevé flotte encore au-dessus des murs.

Toutefois l’art, ancien, moderne, contemporain ou actuel, n’est pas qu’une affaire d’élévation spirituelle. Sa pratique, directe ou indirecte, n’empêche nullement de goûter à la vie dans toutes ses dimensions, au contraire. En Bourgogne, la cuisine et les vins font partie de la qualité de la vie, un aspect non négligeable qui a dû influer au moment du choix des deux concepteurs du Centre.

On peut aussi se demander pourquoi Franz Späth et Georges Silva ont choisi une petite ville plutôt qu’une ville plus importante. A cela, ils répondent : “tant qu’à quitter Paris, nous préférions tenter de nous intégrer dans un milieu rural où nous avons pensé que les contacts avec la population locale seraient plus familiers et plus chaleureux”. C’est dire l’importance qu’ils attachent non seulement à la culture et à l’art, mais aussi aux relations humaines qui se trouvent largement favorisées et améliorées par la pratique et/ou la fréquentation de l’art. A l’heure où l’on édifie une succursale grandiose du Louvre dans une île des Emirats Arabes Unis qui doit devenir une sorte de district culturel de 270 hectares sur lesquels prendra également place un complément de la célèbre Fondation Guggenheim, on ne peut qu’être reconnaissants à Franz Späth et à Georges Silva de nous offrir un lieu de taille humaine, à portée de la main.

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L’intitulé du Centre

C’est une rencontre entre Franz Späth, peintre-sculpteur, et Frank Popper, historien et critique d’art, qui a décidé de l’intitulé du Centre. Pendant plusieurs années, les deux amis se sont vus souvent et ont eu l’occasion d’échanger leurs idées sur l’art dans la société. Lorsque Franz Späth lui a fait part de son projet d’édifier un Centre d’art contemporain, avec des moyens très modestes, Frank Popper a souhaité l’aider dans son entreprise en mettant à sa disposition une partie de sa bibliothèque spécialisée ainsi qu’une partie de sa collection d’œuvres d’art optique et lumino-cinétique afin qu’elles lui servent de point de départ concret.

Aline Dallier

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